Super Héros Alexandre Jardin, l’oxgène des Lettres Françaises

Voici un magnifique exemple de changement dans le milieu snob et conventionnel des Lettres françaises.

Alexandre Jardin est ce qu’on appelle un auteur populaire. Né en 1965 dans la grande bourgeoisie parisienne, il a construit une oeuvre légère et agréable.
Ses lecteurs l’ont connu papillonnant à Saint-Germain-des-Prés, d’une plage branchée à un restaurant chic, éternel adolescent. Mais soudain, en 2011, coup de tonnerre, le ton change radicalement.

Avec Des gens très bien, il opère un virage à 180°. Au risque de perdre son lectorat, il affronte dans ce livre un démon à la fois familial et national. Son génial grand-père, riche, intelligent, adoré, a été en plus de tout cela le Directeur de cabinet du chef du gouvernement de Pétain et sa nomination à ce poste advient un peu avant la rafle du Vélodrome d’hiver en juillet 1942.

A cette époque, la France occupée coopère avec le régime d’Hitler et livre des juifs, c’est-à-dire des bras, pour travailler dans les camps. Le chiffre sur lequel les autorités se sont entendues est de 40 000 juifs. La "livraison" de l’été 1942 au Vélodrome d’hiver compte un peu plus de 13 000 juifs. La question pour l’écrivain est de déterminer, bien sûr, la responsabilité de son aïeul dans l’organisation de l’opération.

Cette vérité familiale, Alexandre Jardin la connaît depuis qu’il a 17 ans. Il le sait mais il n’est pas encore touché par la réalité de sa mémoire familiale. Et quand il l’est, il a 46 ans. En décidant d’en parler, de faire tomber les masques de la bienséance et de la respectabilité, il interroge ses racines et les nôtres. Son cas particulier vient percuter de plein fouet la mémoire collective de la dernière guerre mondiale.

Et là, surprise, en le lisant, les lecteurs libèrent leur propre mémoire, des révélations se font, des pans d’obscurité sont mis en lumière dans les familles. Comme il le dit très bien : "Il n’est pas nécessaire d’être un monstre pour participer au pire."

Avec une belle humilité, il accueille tous ces récits dont il fera un autre livre, Joyeux Noël, et prend ses distances par rapport à ses premiers livres. Sa parole est maintenant chargée de sa propre recherche de vérité : "Quand vous courez le risque d’être vrai, vous permettez aux autres de l’être."

Alexandre Jardin montre la puissance des mots dans nos vies. Il nous dit aussi que changer notre monde, c’est aussi changer notre relation à notre mémoire collective.

"Le rapport qu’on entretient avec le vrai c’est le rapport qu’on entretient avec la vitalité."

En septembre 2017, il lance avec son équipe les Maisons des citoyens, qui est tout l’inverse d’un parti mais un lieu de rassemblement autour d’actions concrètes dans le but de reprendre notre pouvoir... trop bien, non ?


L’association d’A. Jardin, Lire et faire lire.


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